Syndicats autonomes par HOUARI Kaddour

 

Syndicats autonomes

La grande offensive

La « mère des batailles » a commencé. Après des années de combats périphériques pour des questions strictement alimentaires, menées le plus souvent en solitaires, les syndicats autonomes ont décidé d’aller à l’essentiel. Se regrouper pour « s’imposer comme interlocuteur valable des pouvoirs publics ».

La nouvelle grille salariale concoctée récemment par le gouvernement et l’UGTA (unique interlocuteur des pouvoirs publics, pour des raisons purement politiques) n’est que le détonateur de la future stratégie des syndicats autonomes de la Fonction publique. Les actions consistant à dénoncer la nouvelle grille des salaires ne sont, dit-on, que le début d’une démarche de longue haleine dont le but principal est de se poser en interlocuteur dans des questions relatives au monde du travail et à la Fonction publique en particulier. Douze syndicats autonomes, représentant une large majorité des fonctionnaires, se sont lancés dans la création d’une confédération des syndicats autonomes de la Fonction publique. Il s’agit du CNES (enseignement supérieur), du SATEF, de l’UNPEF, du SNAPEST et SNTE pour l’éducation nationale, du SNAPAP (personnels de l’administration), du SNAVFP (vétérinaires) et des psychologues (SNAPSY) de la fonction publique, et des professionnels des secteurs de la santé : généralistes (SNPSP), spécialistes (SNPSSP), professeurs et docents (SNPDSM) et maîtres assistants (SNMAM). La coordination est ouverte à d’autres syndicats, comme le CLA, la FNTE et le CNAPEST, dont le ralliement ne fera que renforcer les actions envisagées. Pourtant, le large éventail des professions de la Fonction publique représentées par ces syndicats autonomes aurait dû inciter le gouvernement à dialoguer avec ces derniers, à prêter l’oreille à leurs revendications et à leurs propositions.

La situation des libertés syndicales en Algérie dépasse de la loin la question des agréments. Les syndicats autonomes ont, d’ailleurs, vite remarqué que leur reconnaissance légale par les autorités compétentes n’est pas synonyme de partenariat. Bien qu’agréé depuis 1990 et présent dans les différents secteurs de l’administration, le SNAPAP n’a pourtant jamais été convié à une quelconque réunion avec les pouvoirs publics. Qu’il s’agisse de la révision du statut particulier de la Fonction publique, d’établir la nouvelle grille salariale ou de discuter du prochain code du travail, aucun des syndicats autonomes de ce corps n’a été associé à la réflexion, comme aucune de ses propositions concernant ces réformes n’a été prise en compte.

Quand on écoute les arguments des 12 syndicats autonomes, l’on comprend aisément la frousse des pouvoirs publics à affronter une opposition à des mesures présentées comme une véritable révolution notamment en matière d’amélioration des salaires. Ce qui est exhibé avec le titre de grande victoire syndicale par l’UGTA ne l’est pas du point de vu des syndicats autonomes. Les hausses « considérables » des salaires après l’adoption de la nouvelle grille, selon la Centrale, ne sont qu’un « leurre », selon les syndicats autonomes.

En réponse à l’opacité entretenue par le gouvernement et l’UGTA sur la réalité des nouveaux salaires, jusqu’à ce que la nouvelle grille devienne effective et qu’on ne puisse plus revenir dessus, on tente, du côté des syndicats autonomes, de démontrer que ces hausses sont insignifiantes.

La coalition des 12 syndicats autonomes, devant être élargie à d’autres, considère que la revalorisation du salaire de base n’a plus aucun poids devant la « dilution des deux plus importantes indemnités (ICR et ISS) dans la nouvelle grille ». Il faut savoir que ces deux indemnités, dites de « suggestion spéciale » (ISS) et « complémentaire sur le revenu » (ICR) représentaient jusqu’à 80% des salaires de l’ancienne grille. L’autre grief des syndicats autonomes contre la nouvelle rémunération des fonctionnaires est relatif à la valeur du point indiciaire dont considère qu’il est réellement de 21 DA et non pas de 45 DA comme annoncé officiellement.

Chiffrées, les augmentations attendues pour 2008 ne devraient pas, selon les syndicats autonomes, dépasser 3 000 à 4 000 DA pour les enseignants du secondaire (PES), et pas plus de 18 000 DA pour la catégorie des bac+20 (médecins spécialistes, professeurs…). D’ailleurs, la coalition des syndicats aurait souhaité que « tous les salaires soient publiés », en particulier ceux des fonctionnaires classés à la dernière catégorie parmi les 7 hors catégories. A titre d’illustration des avantages octroyés aux personnels occupant les hautes fonctions de l’Etat, une prime de représentativité de l’ordre de 40 000 DA leur sera octroyée, soit l’équivalent du salaire des médecins généralistes du secteur public.

Sur ces points et d’autres, les syndicats autonomes regroupés autour de la coalition des 12 ont voulu s’entretenir avec le chef du gouvernement pour lui exposer leurs points de vue, avec l’espoir de le convaincre de réviser cette nouvelle grille des salaires ou, pour le moins, de négocier une consolidation du régime indemnitaire.

Cette volonté de vouloir discuter ce qui a déjà été tranché avec l’UGTA explique, peut-être, que la demande des représentants des 12 syndicats autonomes de rencontrer le chef du gouvernement samedi dernier n’ait pas été exaucée, sous prétexte d’un calendrier chargé de Abdelaziz Belkhadem. Ni le chef du gouvernement ni même son chef de cabinet pour recevoir les doléances des syndicats les plus représentatifs de la Fonction publique (et dans des secteurs très sensibles), c’est la preuve par douze que les pouvoirs publics ne vont pas changer leur attitude de sitôt et ne vont pas admettre, dans les faits, le pluralisme syndical.

Car au-delà de la nouvelle grille des salaires, la démarche des syndicats autonomes remet sur le tapis la question des libertés syndicales et du respect de la réglementation en vigueur qui accorde de la place aux syndicats selon leur représentativité. Et si cette représentativité avait été prise en charge, l’UGTA n’aurait été qu’un petit interlocuteur du gouvernement sur les questions aussi bien du statut particulier des fonctionnaires que de la révision de la grille salariale dans la Fonction publique.

Si la représentativité des syndicats autonomes n’est plus à discuter, leur stratégie doit donc s’orienter vers un bras de fer pour arracher la place d’interlocuteur qui correspond à cette position au sein des travailleurs de la Fonction publique. La création d’une confédération des syndicats autonomes de la Fonction publique semble être la démarche adoptée. Les 12 syndicats annoncent une grande offensive pour après l’Aïd El-Fitr, une fois que les conseils nationaux de chacune de ces formations ait mandaté la direction nationale de prendre les décisions qu’il faut pour agir sur le terrain. Journées de protestations, grève générale, rassemblements…, aucune action n’a été décidée, mais toutes sont envisageables pour se révolter contre le tutorat imposé aux syndicats autonomes de la Fonction publique à travers l’UGTA dont on sait le peu de représentativité au sein des fonctionnaires.

Bien sûr, il s’agira pour les syndicats autonomes d’éviter les échecs des précédentes tentatives de création de confédérations, comme cela a été le cas pour la CASA (2001) qui, en plus du refus d’enregistrement opposé par les pouvoirs publics, devait affronter des luttes de leadership qui ont eu raison de la coalition.

Six ans après, la volonté est encore tenace et le nombre de syndicats est encore plus grand. Reste à savoir comment sera menée sur le terrain la « mère des batailles », celle de la reconnaissance des syndicats autonomes en tant qu’interlocuteurs, à part entière et sans tuteur,  

 

des pouvoirs publics. 

Laisser un commentaire